Couplets Chantes (en donnant le baiser a M. Foacier de Ruze)
On vous a presente la rose;
L'offrande etait digne de vous;
De cette fleur, pour nous eclose,
La beaute plait aux yeux de tous.
De grande coeur vous prites ce verre
Rempli de champagne joyeux;
Nul honnete homme sur la terre
Ne meprise ce don des cieux.
Avec la meme confiance
Puis-je vous offrir mon present?
C'est le sceau de notre alliance,
C'est un baiser qui vous attend.
Et c'est moi que la destinee
Appelle a cet emploi flatteur!
Et mon etoile fortunee
Etait d'accord avec mon coeur!
Mais pour donner une accolade
Qui, par un basier precieux,
Puisse d'un pareil camarade
Marquer l'avenement heureux,
Il faut la bouche enchanteresse
De l'une des soeurs de l'Amour,
Ou de cette jeune deesse
A qui vous donnates le jour.
Mais d'un mortel qui vous revere
Et vous cherit bien plus encor
Si l'hommage pouvait vous plaire,
Je remplirais mon heureux sort.
Seulement, par un doux sourire,
A cet instant, dites-le-moi,
Et sans me le faire redire,
Soudain j'execute la loi.
Non; certaine raison m'arrete,
Et, pour vous parler plus longtemps,
Du plaisir que le sort m'apprete
Je suspendrai les doux instants.
Car toujours, en vers comme en prose,
Je suis bavard en vous louant;
Pourriez-vous me dire la cause
De ce phenomene etonnant?
Je vous admire et je vous aime,
Lorsque, rival de d'Aguesseau,
Aux yeux d'un Tribunal supreme
De loin vous montrez le flambeau.
Je vous aime, lorsque vos larmes
Coulent pour les maux des humains,
Et quand de la veuve en alarmes
Les pleurs sont seches par vos mains.
Mais lorsqu'admis a nos mysteres,
Je vous vois, le verre a la main,
Assis au nombre de mes freres,
Animer ce charmant festin,
Quand votre coeur joyeux presage
Nos jeux et nos aimables soins,
Je vous aime encore davantage
Et ne vous admire pas moins.
O des magistrats le modele!
Quand vous signalerez pour nous
Votre iindulgence et votre zele,
Vous serez applaudi de tous.
Vous devez aimer nos mysteres;
Car en quel lieu trouvez-vous
Des coeurs plus unis, plus sinceres,
Des plaisirs plus vrais et plus doux?
Des guirlandes qui nous sont cheres
Aimez donc aussi les appas,
Et, des cet instant, a vos freres
Ouvrez votre coeur et vos bras.
Pardon, Amour, pardon, Glycere,
Je conviens que, dans ce moment,
A vos doux biasers je prefere
Celui d'un magistrat charmant.